Radiation auto-entrepreneur et ARE : peut-on toucher le chômage ?
Vous cessez votre activité de micro-entrepreneur et vous vous demandez si vous pouvez toucher l'allocation chômage ? La réponse dépend de votre situation. Voici tout ce qu'il faut savoir sur l'ARE et la radiation auto-entrepreneur.
Hermann Ballié
Juridique Apps
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Radiation auto-entrepreneur et ARE : peut-on toucher le chômage ?
La radiation d'une micro-entreprise est souvent vécue comme une étape difficile. Après avoir consacré du temps et de l'énergie à son activité, se retrouver sans revenus professionnels est une perspective angoissante. La question de l'accès à l'allocation chômage, techniquement appelée Allocation de Retour à l'Emploi ou ARE, se pose alors naturellement.
La réponse n'est pas simple car elle dépend de la situation personnelle de chaque auto-entrepreneur. Plusieurs cas de figure existent, et les droits varient considérablement selon que l'auto-entrepreneur était salarié en parallèle, qu'il avait des droits au chômage non épuisés avant de lancer son activité, ou qu'il exerçait uniquement en tant qu'auto-entrepreneur sans jamais avoir été salarié.
Le principe général : les auto-entrepreneurs ne cotisent pas à l'assurance chômage
La première réalité à accepter est que les auto-entrepreneurs, comme l'ensemble des travailleurs indépendants, ne cotisent pas à l'assurance chômage gérée par France Travail. Leurs cotisations sociales couvrent la maladie, la retraite et la formation professionnelle, mais pas le risque chômage.
En conséquence, un auto-entrepreneur qui n'a jamais été salarié et qui n'a aucun droit au chômage préexistant ne peut pas prétendre à l'ARE uniquement sur la base de la cessation de son activité de micro-entreprise. La radiation seule ne crée pas de droits au chômage.
Ce principe de base étant posé, il existe néanmoins plusieurs situations dans lesquelles un auto-entrepreneur radié peut accéder à des indemnisations.
Le cas des droits au chômage conservés avant le lancement de la micro-entreprise
C'est la situation la plus avantageuse et la moins connue des auto-entrepreneurs. Lorsqu'une personne perd son emploi salarié et ouvre des droits à l'ARE, puis décide de créer une micro-entreprise avant d'avoir épuisé ces droits, elle peut bénéficier du dispositif ACRE et choisir entre percevoir l'ARE immédiatement ou la conserver pour plus tard.
Si elle choisit de reporter ses droits au chômage, ces droits restent ouverts pendant la durée de son activité de micro-entrepreneur, dans la limite de trois ans à compter de l'ouverture des droits initiaux. Lorsqu'elle cesse son activité et radie sa micro-entreprise, elle peut alors reprendre le versement de l'ARE pour la durée restante, à condition que ces droits n'aient pas expiré.
Cette disposition est particulièrement intéressante pour les personnes qui ont créé leur micro-entreprise directement après une période de chômage. La radiation de la micro-entreprise leur permet de retrouver leurs droits à l'ARE initialement reportés, ce qui leur offre un filet de sécurité pendant leur retour à l'emploi salarié.
Pour bénéficier de ce dispositif, il faut impérativement s'inscrire à France Travail dans les douze mois suivant la cessation d'activité et justifier de la radiation de la micro-entreprise. Le délai est important car passé ce délai, les droits reportés peuvent être définitivement perdus.
Le cas du cumul micro-entreprise et emploi salarié
Beaucoup d'auto-entrepreneurs exercent leur activité en parallèle d'un emploi salarié. Dans ce cas, si le contrat de travail salarié prend fin de manière involontaire, par licenciement ou fin de CDD par exemple, l'auto-entrepreneur peut prétendre à l'ARE au titre de son activité salariée.
L'ARE est alors calculée sur la base des revenus salariés uniquement. Le fait d'être auto-entrepreneur en parallèle ne prive pas de l'accès à l'ARE liée à la perte de l'emploi salarié, mais les revenus de la micro-entreprise sont pris en compte pour calculer le montant de l'ARE effectivement versé.
France Travail applique dans ce cas un mécanisme de réduction de l'ARE en fonction des revenus de la micro-entreprise. Plus le chiffre d'affaires de la micro-entreprise est élevé, plus l'ARE est réduite. Il est donc possible de cumuler partiellement l'ARE et les revenus de la micro-entreprise, ce qui permet de maintenir un niveau de revenus acceptable pendant la transition.
Si l'auto-entrepreneur décide ensuite de radier sa micro-entreprise pendant qu'il perçoit l'ARE, sa situation s'améliore du point de vue de l'indemnisation puisque la réduction liée aux revenus de la micro-entreprise disparaît et l'ARE est versée à taux plein, dans la limite du montant calculé sur les revenus salariés.
Le cas de l'auto-entrepreneur sans droits préexistants
Pour un auto-entrepreneur qui n'a jamais eu d'emploi salarié significatif, qui n'a pas de droits au chômage conservés et qui exerce uniquement en micro-entreprise, la radiation ne donne accès à aucune indemnisation chômage de droit commun.
Cette situation est fréquente pour les personnes qui ont toujours exercé en indépendant, qui ont créé leur micro-entreprise dès leur sortie d'études ou qui ont une longue période d'activité indépendante derrière elles. La radiation de la micro-entreprise les prive de revenus professionnels sans ouvrir de droits à l'ARE.
Dans ce cas, d'autres dispositifs peuvent être explorés. Si la cessation d'activité est liée à des difficultés économiques réelles, certaines aides ponctuelles peuvent être accessibles via les organismes de protection sociale des indépendants. L'allocation des travailleurs indépendants, mise en place en 2019, a été conçue pour répondre partiellement à ce vide, mais ses conditions d'accès sont très restrictives.
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L'allocation des travailleurs indépendants : une aide limitée
Depuis novembre 2019, une allocation spécifique a été créée pour les travailleurs indépendants qui cessent leur activité dans un contexte de liquidation judiciaire. Cette allocation des travailleurs indépendants, souvent appelée ATI, est versée pendant six mois et son montant est de 26,30 euros par jour en 2026.
Les conditions d'accès à l'ATI sont cependant très restrictives. Il faut que la cessation d'activité soit consécutive à un jugement d'ouverture de liquidation judiciaire, ce qui exclut les cessations volontaires d'activité. Il faut également avoir exercé l'activité pendant au moins deux ans de manière continue et avoir dégagé des revenus annuels moyens d'au moins 10 000 euros sur les deux dernières années.
Pour la grande majorité des auto-entrepreneurs qui cessent volontairement leur activité par radiation, l'ATI n'est donc pas accessible.
Les démarches à effectuer après la radiation
Quelle que soit la situation, il est conseillé de s'inscrire à France Travail dans les plus brefs délais après la radiation de la micro-entreprise. Cette inscription permet de faire le point sur les droits éventuels, d'accéder aux services d'accompagnement vers l'emploi et de bénéficier des formations disponibles.
France Travail dispose de conseillers spécialisés dans l'accompagnement des travailleurs indépendants qui cessent leur activité. Un rendez-vous avec l'un de ces conseillers permet d'obtenir une évaluation précise des droits et des dispositifs accessibles selon la situation personnelle.
La radiation doit être justifiée par un document officiel attestant de la cessation d'activité, généralement la confirmation de radiation délivrée par l'URSSAF ou le guichet unique. Ce document est indispensable pour toute démarche auprès de France Travail.
Anticiper la radiation pour maximiser ses droits
Si la radiation de la micro-entreprise est envisagée à moyen terme, il peut être stratégique d'anticiper la situation pour maximiser les droits disponibles. Pour un auto-entrepreneur qui exerce en parallèle d'un emploi salarié, attendre la fin naturelle du contrat salarié ou négocier une rupture conventionnelle avant de radier la micro-entreprise permet d'ouvrir des droits à l'ARE sur la base du salariat.
Pour un auto-entrepreneur qui dispose de droits au chômage reportés depuis une période de chômage antérieure, vérifier la date d'expiration de ces droits avant de radier est indispensable. Si ces droits expirent prochainement, la radiation doit intervenir rapidement pour permettre leur reprise avant leur expiration définitive.
L'équipe JuridiqueApps accompagne les auto-entrepreneurs dans toutes les formalités de radiation de leur micro-entreprise et peut les orienter vers les bons interlocuteurs pour évaluer leurs droits à l'indemnisation chômage avant de lancer la procédure.
Cas concret : Sophie, ancienne auto-entrepreneur, 1 247 € d'ARE par mois
Sophie, graphiste à Lyon, a exercé en micro-entreprise pendant 3 ans (revenus annuels moyens : 22 000 €). En mars 2026, elle décide de fermer son activité pour un retour en CDI qui n'aboutit pas.
Étapes suivies :
- ▸Radiation effective sur l'INPI au 1er avril 2026 (délai : 7 jours).
- ▸Inscription à France Travail dans les 12 jours suivants.
- ▸Calcul de l'ARE : France Travil retient les 12 derniers mois d'activité non-salariée (revenus cotisés après abattement de 42 % pour frais professionnels), soit ~12 700 € de base.
- ▸Montant ARE obtenu : 1 247 €/mois pendant 18 mois.
Le piège évité : Sophie aurait pu radier sa micro-entreprise trop tôt (avant d'avoir 12 mois de cotisations), ce qui aurait réduit son ARE de 40 %. En attendant 3 mois supplémentaires avec un chiffre d'affaires minimal mais régulier, elle a sécurisé ses droits.
Cette situation est fréquente : un auto-entrepreneur qui cesse son activité sans anticipation perd souvent plusieurs centaines d'euros par mois d'indemnisation. L'accompagnement d'un juriste avant la radiation permet de caler le timing idéal.
FAQ : radiation auto-entrepreneur et chômage
Quel délai d'attente entre la radiation et le versement de l'ARE ? Le délai d'attente standard est de 7 jours après l'inscription à France Travail. Pour les auto-entrepreneurs, s'y ajoute un différé d'indemnisation calculé sur les revenus de la micro-entreprise : plus vos revenus étaient élevés, plus le différé est long (jusqu'à 75 jours).
Peut-on cumuler l'ARE et une reprise d'activité auto-entrepreneur ? Oui, mais partiellement. Si vous reprenez une micro-entreprise tout en percevant l'ARE, France Travail déduit 70 % de vos revenus non-salariés de l'indemnisation. Le cumul intégral n'existe que si vos revenus restent très faibles (moins de 70 % du salaire de référence).
Faut-il radier sa micro-entreprise avant de s'inscrire à France Travail ? Oui, la radiation effective à l'INPI est une condition préalable. France Travail exige un justificatif de cessation d'activité pour instruire votre dossier ARE. Sans radiation, votre demande est suspendue.
Que se passe-t-il si mes droits ARE expirnt pendant la radiation ? Si vous avez des droits ARE reportés d'une période de chômage antérieure, vérifiez leur date d'expiration avant de radier. Si ces droits expirent sous 3 mois, accélérez la radiation pour les reprendre à temps — sinon ils sont définitivement perdus.
La radiation est-elle réversible si je me trompe ? Non, la radiation est définitive. Pour reprendre une activité, il faut recréer une nouvelle micro-entreprise (nouveau SIRET, nouvelle déclaration). D'où l'importance de bien valider le timing avec un juriste avant de lancer la procédure.
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