Peut-on annuler une dissolution en cours ?
Vous avez lancé la dissolution de votre société mais vous changez d'avis ? Il existe des situations où l'annulation est possible, d'autres où elle est définitivement fermée. Voici ce que dit la loi.
Hermann Ballié
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Peut-on annuler une dissolution en cours ?
Un dirigeant vote la dissolution de sa société, lance la procédure, puis change d'avis. Un contrat inattendu arrive, un associé se retire et libère la voie, ou la situation financière s'améliore subitement. La question se pose alors : est-il encore possible de revenir en arrière et d'annuler la dissolution en cours ?
La réponse dépend entièrement du stade où en est la procédure au moment où la décision de faire marche arrière est prise. La loi française prévoit des situations où l'annulation est possible, et d'autres où la dissolution est devenue irréversible.
Comprendre les deux grandes phases de la procédure
Pour bien saisir ce qui est possible ou non, il faut distinguer deux phases distinctes dans la fermeture d'une société.
La première phase est celle de la dissolution. C'est la décision de mettre fin à la société, votée en assemblée générale extraordinaire et publiée dans un journal d'annonces légales puis déclarée au greffe. À l'issue de cette phase, la société existe encore mais elle est "en liquidation".
La seconde phase est celle de la liquidation. C'est la période pendant laquelle le liquidateur réalise les actifs, règle les dettes et clôture les opérations. Elle se termine par une assemblée de clôture, une nouvelle publication légale et une déclaration au greffe qui aboutit à la radiation définitive de la société.
Ces deux phases sont séparées et ne produisent pas les mêmes effets juridiques. C'est pourquoi la possibilité d'annuler la dissolution dépend en grande partie de la phase dans laquelle on se trouve.
L'annulation avant la publication légale
C'est la situation la plus simple. Si l'assemblée générale extraordinaire a voté la dissolution mais que la publication dans le journal d'annonces légales n'a pas encore été effectuée, il est possible de réunir à nouveau les associés pour voter la révocation de la décision de dissolution.
Cette rétractation ne nécessite pas de formalités particulières si elle intervient avant toute publication. Une nouvelle assemblée extraordinaire vote l'annulation de la décision précédente et la société continue d'exister normalement. Aucune trace ne subsiste dans les registres officiels puisqu'aucune déclaration n'a encore été faite.
C'est pourquoi il est conseillé de ne pas se précipiter dans les formalités dès le vote de dissolution et de laisser quelques jours de réflexion avant d'engager les démarches de publication.
L'annulation après la publication mais avant la radiation
C'est à ce stade que la situation devient beaucoup plus restrictive.
Lorsque la dissolution anticipée d'une société a été régulièrement décidée en vue de sa liquidation, la société entre dans une phase de liquidation. Elle conserve sa personnalité morale, mais uniquement pour les besoins des opérations nécessaires à sa liquidation.
Le fait que la société ne soit pas encore radiée ne signifie donc pas qu'elle peut reprendre librement son activité ou annuler simplement la décision de dissolution.
En principe, une dissolution volontaire régulièrement décidée en vue de la liquidation est irrévocable. La société doit alors poursuivre les opérations de liquidation jusqu'à leur clôture.
Il existe toutefois certaines situations particulières. Par exemple, si la décision de dissolution est susceptible d'être contestée en raison d'une irrégularité dans son adoption, ou lorsqu'il s'agit d'une dissolution sans liquidation dans le cadre d'une transmission universelle de patrimoine, les règles peuvent être différentes.
Il est donc essentiel d'identifier précisément la procédure engagée avant d'entreprendre toute démarche visant à revenir sur une dissolution.
Les conditions à réunir pour une continuation valable
La continuation d'une société dissoute n'est pas automatique et suppose que plusieurs conditions soient réunies.
L'accord des associés est la condition première et incontournable. Dans la plupart des cas, l'unanimité est requise, ce qui signifie qu'un seul associé opposé à la continuation peut bloquer le processus. Dans une SASU ou une EURL avec un associé unique, la décision appartient logiquement à cet associé seul.
La société ne doit pas avoir commencé à distribuer son boni de liquidation. Si des sommes ont déjà été reversées aux associés au titre de la liquidation, la continuation devient juridiquement très complexe voire impossible dans certains cas car il faudrait que les associés restituent ces sommes.
Les tiers ne doivent pas avoir subi de préjudice du fait de la dissolution. Si des créanciers ou des partenaires commerciaux ont modifié leur comportement en raison de la dissolution publiée, par exemple en résiliant des contrats ou en demandant le remboursement anticipé de prêts, leur accord peut être nécessaire ou leur opposition peut compliquer la situation.
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L'impossibilité d'annuler après la radiation
Une fois que la radiation définitive est intervenue, c'est-à-dire une fois que la clôture de liquidation a été publiée et déclarée au greffe et que la société a été radiée du registre du commerce et des sociétés, il n'est plus possible d'annuler la dissolution.
La société n'existe plus juridiquement. Elle ne peut pas être "ressuscitée" par une simple décision des anciens associés. La seule option disponible à ce stade est de créer une nouvelle société, ce qui implique de recommencer l'ensemble des formalités de constitution depuis le début, avec un nouveau numéro SIREN et sans aucune continuité juridique avec l'ancienne société.
C'est pour cette raison qu'il est absolument essentiel de prendre la décision de continuation avant que la radiation intervienne. Une fois ce point de non-retour franchi, aucun recours n'est possible.
La dissolution pour motif judiciaire : un cas particulier
Il existe des dissolutions prononcées non pas par les associés eux-mêmes mais par décision de justice, par exemple en cas de mésentente grave entre associés ou de violation répétée des obligations légales. Dans ces cas, la possibilité d'annuler la dissolution est beaucoup plus limitée car elle nécessiterait de faire appel de la décision judiciaire dans les délais légaux, ce qui est une procédure contentieuse complexe relevant du droit des sociétés.
La dissolution automatique : attention aux statuts
Certaines sociétés prévoient dans leurs statuts une dissolution automatique à l'arrivée d'un terme ou à la survenance d'un événement particulier. Dans ce cas, la dissolution n'est pas le résultat d'une décision des associés mais l'application automatique des statuts. La continuation de la société dans ce cas nécessite une modification des statuts pour supprimer ou modifier la clause ayant provoqué la dissolution automatique, en plus des formalités habituelles de continuation.
Que faire si on hésite avant de lancer la dissolution ?
La meilleure façon d'éviter de se retrouver dans la situation délicate d'une dissolution à annuler est de ne pas prendre cette décision à la légère. Avant de convoquer l'assemblée de dissolution, plusieurs alternatives méritent d'être explorées.
La mise en sommeil de la société permet de suspendre l'activité sans fermer définitivement. C'est une solution intermédiaire qui laisse la porte ouverte à une reprise d'activité dans un délai de deux ans sans avoir à traverser une procédure de fermeture puis de réouverture.
La cession de parts ou d'actions permet de transmettre la société à un repreneur plutôt que de la fermer. Si la société a une valeur, même modeste, cette option peut être préférable à une fermeture définitive.
La transformation de la forme juridique peut résoudre certains problèmes qui avaient conduit à envisager la dissolution, comme une inadéquation entre la structure juridique et les besoins réels de l'activité.
L'importance de se faire accompagner rapidement
Si la décision de revenir sur une dissolution en cours est prise, la rapidité d'action est déterminante. Chaque jour qui passe rapproche de la clôture de la liquidation et donc du point de non-retour. Faire appel à un professionnel dès que la décision de continuation est envisagée permet d'identifier immédiatement le stade de la procédure, d'évaluer la faisabilité juridique de la continuation et d'engager les formalités nécessaires dans les meilleurs délais.
L'équipe JuridiqueApps accompagne les dirigeants qui souhaitent soit poursuivre une dissolution soit au contraire revenir en arrière sur une dissolution en cours, en analysant la situation et en prenant en charge l'ensemble des formalités nécessaires.
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