Freelance : SASU ou EURL ? Comparatif complet avec exemples de rémunération et dividendes
Découvrez s’il vaut mieux choisir une SASU ou une EURL pour une activité freelance avec des exemples concrets de rémunération, dividendes, cotisations sociales et fiscalité.
Hermann Ballié
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Freelance : SASU ou EURL ? Comparatif complet avec exemples de rémunération et dividendes
Pour un freelance qui souhaite dépasser les plafonds de la micro-entreprise ou sécuriser son patrimoine dès le lancement de son activité, le choix de la société unipersonnelle est une étape incontournable. En France, deux statuts juridiques dominent largement le marché du conseil, de l'informatique et des prestations de services : la SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle) et l'EURL (Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée).
Bien que ces deux structures permettent de protéger les biens personnels de l'entrepreneur à hauteur de ses apports, elles répondent à des logiques fiscales et sociales diamétralement opposées. Choisir l'une plutôt que l'autre a un impact direct sur le revenu net qui atterrit dans votre poche chaque mois. Ce guide complet propose un comparatif approfondi, sans jargon inutile, accompagné d'exemples chiffrés pour arbitrer efficacement entre rémunération et dividendes.
Les différences fondamentales de statut social
La distinction majeure entre la SASU et l'EURL réside dans le statut de l'entrepreneur face à la protection sociale. C'est ce paramètre qui détermine le montant des cotisations à verser à l'État pour chaque euro sorti de l'entreprise.
Le président de SASU : un assimilé-salarié
En SASU, le dirigeant unique est considéré comme un dirigeant assimilé-salarié s’il se verse une rémunération. Cela signifie qu'il bénéficie d’une fiche de paie et d’une couverture sociale quasi identique à celle d'un salarié cadre, à la seule exception de l'assurance chômage.
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Le coût social : Les cotisations sociales sont très élevées. Elles représentent environ 75 % à 80 % du salaire net versé.
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L'avantage : Une excellente retraite de base et complémentaire, ainsi qu'une prévoyance solide. Si aucune rémunération n'est versée (par exemple en période de maintien de l'ARE / France Travail), aucune cotisation minimale n'est due.
Le gérant d'EURL : un travailleur non-salarié (TNS)
En EURL, l'entrepreneur est rattaché au régime des Travailleurs Non-Salariés (TNS), sous la direction de la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI).
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Le coût social : Les cotisations sont nettement plus faibles, de l'ordre de 43 % à 45 % du revenu net.
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L'avantage : À rémunération égale, l'EURL est beaucoup moins gourmande en charges sociales que la SASU. En revanche, la protection sociale historique est un peu moins protectrice, ce qui pousse généralement les freelances à souscrire des contrats d'assurance complémentaire de type Madelin pour compenser la retraite et la prévoyance. De plus, une cotisation minimale d'environ 1 500 € par an reste due, même si le chiffre d'affaires est nul.
Le match fiscal : Impôt sur les Sociétés (IS) ou Impôt sur le Revenu (IR)
Par défaut, l'EURL est soumise à l'Impôt sur le Revenu (IR), ce qui signifie que les bénéfices de la société sont directement intégrés dans la déclaration de revenus personnelle du freelance. La SASU, elle, est soumise par défaut à l'Impôt sur les Sociétés (IS).
Cependant, dans la quasi-totalité des cas de freelancing installé, l'option pour l'Impôt sur les Sociétés (IS) est privilégiée pour les deux structures afin de piloter au mieux sa fiscalité. Sous le régime de l'IS, l'entreprise paie son propre impôt sur les bénéfices (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, puis 25 % au-delà). Le freelance décide ensuite de ce qu'il se verse, évitant ainsi d'être taxé personnellement sur l'argent qui reste sur le compte bancaire de la société pour financer de futurs investissements ou de la trésorerie de sécurité.
Stratégie de sortie de revenus : Rémunération vs Dividendes
C'est ici que se joue le véritable arbitrage entre les deux statuts, notamment sur la façon de récupérer l'argent généré par vos missions.
En SASU : Le paradis de la Flat Tax et des dividendes
La SASU est la structure idéale pour les freelances qui souhaitent se rémunérer principalement ou exclusivement via des dividendes à la fin de l'année comptable. En effet, les dividendes de SASU ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Ils subissent uniquement le Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) ou Flat Tax, bloqué à un taux fixe de 31,4 % (comprenant 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux).
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En EURL : Le piège des dividendes
Vouloir se verser des dividendes in EURL est une hérésie fiscale. La loi française stipule que la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social de l'EURL est soumise aux cotisations sociales des TNS (45 %). Les dividendes perdent donc tout leur intérêt puisqu'ils sont chargés socialement comme de la rémunération classique, tout en ayant déjà subi l'Impôt sur les Sociétés en amont. En EURL, le freelance doit impérativement se rémunérer sous forme de salaires (revenus de gérance).
Exemples concrets et chiffrés de simulation
Pour illustrer l'impact de ces règles, prenons l'exemple d'un freelance en informatique qui réalise un chiffre d'affaires annuel de 100 000 €, avec 10 000 € de frais professionnels de fonctionnement (frais de déplacement, ordinateur, comptable, abonnements logiciels). Il reste donc un résultat brut de 90 000 € avant arbitrages.
Cas 1 : Objectif optimisation de la rémunération mensuelle (Option EURL)
Le freelance veut sortir le maximum d'argent chaque mois sous forme de rémunération de gérance pour couvrir son train de vie.
- ▸Résultat disponible : 90 000 €
- ▸Salaire net de gérance versé : environ 62 500 €
- ▸Cotisations sociales TNS (44 %) : environ 27 500 €
- ▸Bénéfice restant dans la société : 0 €
- ▸Impôt sur les Sociétés (IS) : 0 €
- ▸Revenu net disponible dans la poche du freelance (avant impôt sur le revenu personnel) : 62 500 €
Cas 2 : Objectif rémunération mensuelle identique en SASU
Voyons ce qui se passe si ce même freelance tente de se verser la même enveloppe en salaire avec une SASU.
- ▸Résultat disponible : 90 000 €
- ▸Salaire net versé : environ 51 000 €
- ▸Cotisations sociales assimilé-salarié (76 %) : environ 39 000 €
- ▸Bénéfice restant dans la société : 0 €
- ▸Impôt sur les Sociétés (IS) : 0 €
- ▸Revenu net disponible dans la poche du freelance (avant impôt sur le revenu personnel) : 51 000 €
- ▸Constat : Pour un même budget, le freelance perd plus de 11 000 € nets de revenus par an en choisissant la SASU plutôt que l'EURL pour sa rémunération mensuelle.
Cas 3 : Stratégie 100 % Dividendes en SASU
Le freelance décide de ne se verser aucun salaire mensuel durant l'année (par exemple parce qu'il touche le chômage sous forme d'ARE) et souhaite tout sortir en dividendes à la clôture de l'exercice.
- ▸Résultat comptable de l'entreprise : 90 000 €
- ▸Impôt sur les Sociétés (IS) : 15 % sur les premiers 42 500 € (= 6 375 €) + 25 % sur les 47 500 € restants (= 11 875 €). Total IS = 18 250 €
- ▸Bénéfice net distribuable en dividendes : 90 000 € - 18 250 € = 71 750 €
- ▸Distribution des dividendes et application de la Flat Tax (30 %) : 71 750 € x 30 % = 21 525 €
- ▸Revenu net global dans la poche du freelance (impôt personnel déjà payé via la Flat Tax) : 50 225 €
Choisir l'EURL si :
- ▸Vous avez besoin d’un revenu régulier chaque mois pour vivre.
- ▸Vous cherchez à minimiser au maximum le poids des charges sociales sur vos revenus professionnels.
- ▸Vous acceptez de souscrire des contrats d'assurance privés pour ajuster votre niveau de prévoyance et de retraite à la carte.
Choisir la SASU si :
- ▸Vous bénéficiez des allocations chômage (ARE) de France Travail et souhaitez maintenir 100 % de vos indemnités en ne vous versant aucun salaire, tout en capitalisant les bénéfices de votre société.
- ▸Vous visez une optimisation patrimoniale basée sur le versement exclusif de dividendes soumis à la Flat tax à la fin de l'année.
- ▸Vous souhaitez bénéficier d'un statut social protecteur similaire à celui des salariés cadres français.
En conclusion
Il n’existe pas de statut parfait, mais un choix adapté à une situation personnelle précise. L’EURL s'impose comme la grande gagnante pour les freelances qui tirent leur quotidien de leur rémunération mensuelle grâce à un taux de cotisations sociales imbattable. À l'inverse, la SASU reste indétrônable pour tous ceux qui déploient une stratégie d'indemnisation de chômage ou un schéma d'optimisation financière axé sur les dividendes.
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