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9 min de lecture 19 juin 2026

Créer une société à deux amis : SAS ou SARL ?

Vous montez un projet entrepreneurial avec un ami et hésitez entre la SAS et la SARL ? Le choix entre ces deux formes a des conséquences importantes sur votre relation d'affaires. Voici comment trancher.

Hermann Ballié

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Créer une société à deux amis : SAS ou SARL ?

Créer une société à deux amis : SAS ou SARL ?

Se lancer en affaires avec un ami est une situation à la fois enthousiasmante et délicate. L'enthousiasme du projet commun ne doit pas faire oublier que les choix juridiques structurels, notamment celui de la forme de société, auront un impact direct sur votre relation, sur la gestion des désaccords éventuels et sur la pérennité du projet lui-même.

Entre la SAS et la SARL, les deux formes les plus couramment choisies pour un projet entrepreneurial entre deux personnes, les différences vont bien au-delà de simples détails techniques. Ce guide vous aide à comprendre ces différences pour faire le choix le plus adapté à votre situation et à votre relation avec votre associé.

Pourquoi le choix de la forme juridique est particulièrement sensible entre amis

Lorsqu'on crée une société avec un ami, la confiance initiale peut conduire à négliger certains aspects juridiques qui sembleraient évidents entre associés moins proches. Or, c'est précisément cette proximité personnelle qui rend essentiel un cadre juridique clair, car les désaccords professionnels entre amis peuvent avoir des répercussions sur la relation personnelle, et inversement.

Le choix entre SAS et SARL déterminera la souplesse ou la rigidité du cadre dans lequel vous évoluerez ensemble, la facilité ou la difficulté à faire évoluer les règles du jeu si votre relation ou vos besoins changent, et les mécanismes de protection disponibles en cas de désaccord profond entre vous.

La gouvernance : flexibilité de la SAS contre cadre légal de la SARL

La différence la plus structurante entre les deux formes concerne la liberté laissée aux associés pour organiser leur gouvernance.

Dans une SARL, le cadre légal est largement prédéterminé par la loi. Les règles de majorité pour les décisions ordinaires et extraordinaires, les modalités de désignation et de révocation du gérant, et les conditions de cession des parts sont en grande partie fixées par le Code de commerce, avec une marge de manœuvre statutaire limitée.

Dans une SAS, les associés disposent d'une liberté quasi totale pour rédiger leurs propres règles de gouvernance dans les statuts. Ils peuvent définir précisément les modalités de prise de décision, les pouvoirs respectifs de chacun, les conditions de nomination et de révocation du président, et bien d'autres aspects de l'organisation interne.

Pour deux amis qui créent une société ensemble, cette liberté de la SAS peut être un avantage si elle est bien utilisée : elle permet de formaliser précisément les rôles de chacun, d'anticiper les situations de blocage et de prévoir des mécanismes de résolution des conflits adaptés à leur relation spécifique. Mais cette même liberté peut devenir un piège si les statuts sont rédigés à la légère, sans anticiper les difficultés potentielles, laissant alors un vide juridique en cas de désaccord.

La répartition du pouvoir entre deux associés à parts égales

Une situation fréquente entre amis créant une société consiste à répartir le capital à parts strictement égales, c'est-à-dire 50% pour chacun. Cette répartition égalitaire, qui paraît naturelle entre amis souhaitant marquer leur partenariat équilibré, présente cependant un risque juridique important : celui du blocage total en cas de désaccord, puisqu'aucun des deux associés ne dispose de la majorité nécessaire pour faire trancher une décision contestée par l'autre.

Que ce soit en SAS ou en SARL, ce risque de blocage à 50-50 existe de la même manière et doit être anticipé. Des mécanismes de résolution des blocages, comme une clause de médiation obligatoire, une clause de buy-or-sell qui oblige l'un des associés à racheter les parts de l'autre ou à les lui vendre en cas de désaccord persistant, ou encore la désignation d'un tiers arbitre pour les situations de blocage, peuvent être prévus dans les statuts ou dans un pacte d'associés complémentaire.

La SAS offre davantage de souplesse pour personnaliser ces mécanismes de déblocage, tandis que la SARL nécessite de s'appuyer davantage sur un pacte d'associés séparé des statuts pour organiser ces situations avec la même précision.

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Le statut social des deux dirigeants associés

Si les deux amis souhaitent tous deux être actifs dans la direction de la société, le statut social applicable diffère sensiblement entre la SAS et la SARL.

Dans une SARL, si les deux associés sont cogérants et détiennent ensemble la majorité du capital, ils relèvent du régime social des travailleurs non salariés. Ce régime implique des cotisations sociales généralement moins élevées, de l'ordre de 45% de la rémunération nette, mais une protection sociale plus limitée, notamment en matière de chômage et de retraite complémentaire.

Dans une SAS, si les deux amis sont tous deux dirigeants, par exemple l'un président et l'autre directeur général, ils relèvent du régime des assimilés salariés. Ce régime implique des cotisations sociales plus élevées, de l'ordre de 75% de la rémunération nette, mais une protection sociale comparable à celle d'un salarié classique, hors assurance chômage qui reste exclue pour les mandataires sociaux.

Ce choix doit être fait en fonction des priorités personnelles de chacun des deux amis : optimisation des charges sociales pour privilégier la rentabilité immédiate, ou meilleure protection sociale pour sécuriser leur situation personnelle.

La cession de parts ou d'actions : anticiper la séparation éventuelle

Toute relation entrepreneuriale, même entre amis proches, doit anticiper la possibilité d'une séparation future, que ce soit pour des raisons professionnelles, personnelles ou simplement parce que les trajectoires de vie divergent avec le temps.

Dans une SARL, la cession de parts sociales à un tiers extérieur nécessite l'agrément des autres associés selon une procédure légale précise, ce qui offre une protection naturelle contre l'entrée d'un tiers non désiré dans la société. Cette protection légale est moins nécessaire à organiser spécifiquement dans les statuts puisqu'elle s'applique par défaut.

Dans une SAS, cette protection contre les cessions à des tiers n'existe pas par défaut et doit être organisée explicitement dans les statuts si les associés souhaitent s'en prémunir, par exemple via une clause d'agrément ou une clause de préemption qui donne la priorité à l'associé restant pour racheter les parts de celui qui souhaite sortir.

La transformation future de la société

Si le projet entrepreneurial évolue et nécessite par exemple l'entrée d'investisseurs extérieurs ou d'autres associés, la SAS offre généralement une transition plus naturelle, car sa structure de gouvernance flexible est davantage adaptée à l'accueil de nouveaux profils d'associés avec des attentes différentes, notamment des investisseurs en capital qui recherchent ce type de structure.

La SARL peut également évoluer et accueillir de nouveaux associés, mais le cadre plus rigide de cette forme peut nécessiter davantage d'adaptations statutaires pour répondre aux besoins spécifiques de nouveaux profils d'investisseurs.

Recommandation pratique pour deux amis qui se lancent

Pour deux amis qui créent ensemble leur première société, la SAS est souvent privilégiée en raison de sa souplesse, à condition de prendre le temps de rédiger des statuts précis qui anticipent les situations de blocage et de désaccord, plutôt que de se contenter de statuts types qui ne reflètent pas les spécificités de leur relation.

La SARL reste une option pertinente, notamment pour les projets où la prévisibilité du cadre légal et la protection naturelle contre l'entrée de tiers non désirés sont des priorités, ou lorsque le régime social des travailleurs non salariés est privilégié pour des raisons d'optimisation des charges sociales.

Dans tous les cas, au-delà du choix de la forme juridique, la rédaction d'un pacte d'associés complémentaire aux statuts est vivement recommandée pour deux amis, afin de formaliser des accords sur des sujets sensibles comme la répartition des rôles, les modalités de résolution des conflits et les conditions de sortie de l'un ou de l'autre, des sujets parfois difficiles à aborder entre amis mais essentiels à clarifier avant que des difficultés ne surviennent.

Ce que JuridiqueApps prend en charge

L'équipe JuridiqueApps accompagne les créateurs de société, qu'ils soient amis, membres d'une même famille ou simples partenaires d'affaires, dans le choix de la forme juridique la plus adaptée à leur projet et dans la rédaction de statuts précis qui anticipent les situations futures.

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