Mise en demeure : comment ça marche et quand l'envoyer ?
La mise en demeure est le premier acte formel pour faire valoir vos droits face à un débiteur ou un cocontractant défaillant. Voici ce qu'elle doit contenir, comment la rédiger et quels effets elle produit.
Hermann Ballié
Juridique Apps
Prêt à créer votre société ?
Sur devis · Juriste dédié · 100% en ligne
Mise en demeure : comment ça marche et quand l'envoyer ?
Dans la vie d'une entreprise, les situations de non-paiement, de non-exécution d'un contrat ou de manquement à une obligation sont malheureusement fréquentes. Face à ces situations, la mise en demeure est souvent le premier acte formel à utiliser avant d'envisager une procédure judiciaire. Pourtant, beaucoup de dirigeants méconnaissent son fonctionnement précis, ses effets juridiques et les règles à respecter pour qu'elle produise tous ses effets.
Ce guide explique ce qu'est une mise en demeure, dans quels cas y recourir, ce qu'elle doit contenir et quelles conséquences elle entraîne pour les deux parties.
Qu'est-ce qu'une mise en demeure ?
La mise en demeure est un acte juridique par lequel une personne — le créancier — exige formellement d'une autre personne — le débiteur — qu'elle exécute une obligation dans un délai précis. Ce peut être une obligation de payer une somme d'argent, de livrer un bien, d'exécuter une prestation ou de respecter une clause contractuelle.
La mise en demeure n'est pas une simple relance amiable. C'est un acte qui produit des effets juridiques spécifiques et qui marque officiellement le point de départ de certains délais légaux. Elle constitue généralement une étape préalable indispensable avant de saisir un tribunal, même si rien ne l'oblige formellement dans tous les cas.
Sur le plan pratique, la mise en demeure remplit deux fonctions essentielles : elle signale au débiteur que la situation est devenue sérieuse et qu'une action en justice est imminente à défaut de réaction, et elle constitue une pièce justificative précieuse en cas de contentieux ultérieur, attestant que le créancier a bien tenté une démarche formelle avant d'ester en justice.
Dans quels cas envoyer une mise en demeure ?
La mise en demeure peut être utilisée dans de très nombreuses situations de la vie des affaires. La plus fréquente est le non-paiement d'une facture après échéance : lorsque les relances amiables sont restées sans effet, la mise en demeure constitue le passage à un niveau de formalisme supérieur qui signale clairement l'intention d'agir.
Elle est également adaptée lorsqu'un prestataire ou un fournisseur n'exécute pas la prestation promise dans les délais convenus, ou l'exécute de manière non conforme aux termes du contrat. Dans ce cas, la mise en demeure fixe un délai pour se mettre en conformité et documente le manquement.
Elle peut aussi être utilisée dans des situations moins commerciales, comme l'obligation pour un associé de libérer le capital souscrit, le respect d'une clause de non-concurrence, ou encore le manquement à une obligation statutaire au sein d'une société.
Quelle forme doit prendre une mise en demeure ?
La loi n'impose pas de forme particulière pour une mise en demeure, mais certaines règles pratiques s'imposent pour qu'elle produise tous ses effets. La forme écrite est indispensable pour avoir une trace de la démarche. Une mise en demeure orale est impossible à prouver et n'a donc aucune valeur juridique pratique.
L'envoi par lettre recommandée avec accusé de réception est la forme la plus courante et la plus recommandée. Elle permet d'établir avec certitude la date de réception par le destinataire, ce qui est déterminant pour le calcul des délais. Un envoi par voie d'huissier de justice est également possible et confère à la mise en demeure un caractère encore plus solennel, notamment pour des créances importantes ou des situations sensibles.
Un simple email peut valoir mise en demeure si son contenu est suffisamment explicite, mais la preuve de la réception reste plus difficile à établir qu'avec un courrier recommandé. Pour les enjeux significatifs, la lettre recommandée reste donc la solution à privilégier.
Besoin d'aide pour cette formalité ?
Nos juristes prennent en charge votre créer votre société de A à Z.
Que doit contenir une mise en demeure ?
Pour être efficace sur le plan juridique, une mise en demeure doit contenir plusieurs éléments essentiels. Elle doit d'abord identifier clairement les parties : les coordonnées complètes de l'expéditeur et du destinataire, incluant la dénomination sociale et le numéro SIREN s'il s'agit de sociétés.
Elle doit ensuite exposer précisément les faits à l'origine de la mise en demeure : nature de l'obligation non respectée, montant de la créance impayée avec références aux factures concernées, ou description du manquement contractuel constaté. Plus les faits sont exposés clairement et précisément, plus la mise en demeure sera difficile à contester.
La mise en demeure doit impérativement mentionner un délai précis accordé au destinataire pour s'exécuter, généralement entre huit et quinze jours selon l'urgence de la situation. Ce délai doit être raisonnable au regard de la nature de l'obligation en cause.
Enfin, elle doit indiquer les conséquences du non-respect du délai fixé : engagement d'une procédure judiciaire, réclamation de pénalités de retard, ou toute autre mesure envisagée. Cette mention de conséquences précises est ce qui distingue une mise en demeure d'une simple lettre de relance.
Quels effets juridiques produit la mise en demeure ?
La mise en demeure produit plusieurs effets juridiques importants qui en font bien plus qu'un simple courrier de pression.
Le premier effet est la mise en cours des intérêts moratoires. En matière commerciale, des pénalités de retard sont dues de plein droit à compter de la date d'échéance de la facture, sans qu'une mise en demeure soit nécessaire. Mais dans d'autres domaines, c'est la mise en demeure qui fait courir les intérêts légaux sur la somme due.
Le deuxième effet est le transfert des risques. Dans certains contrats portant sur des biens, la mise en demeure peut avoir pour effet de transférer les risques de perte ou de détérioration de la chose sur le débiteur défaillant, même si la chose se trouvait encore chez le créancier.
Le troisième effet, et souvent le plus pratique, est la constitution d'une preuve de bonne foi du créancier. En cas de procédure judiciaire ultérieure, le tribunal appréciera toujours favorablement le fait que le créancier ait tenté une démarche formelle avant de saisir la justice. La mise en demeure démontre que toutes les voies amiables ont été épuisées avant d'agir.
Mise en demeure et délais de prescription
La mise en demeure a également une importance capitale sur les délais de prescription. En droit commercial, une créance se prescrit en principe au bout de cinq ans. Une mise en demeure adressée par lettre recommandée interrompt ce délai de prescription, ce qui fait courir un nouveau délai de cinq ans à compter de la date de réception du courrier.
Cette interruption de prescription est particulièrement utile pour les créanciers qui ont laissé du temps s'écouler sans agir et qui risquent de voir leur droit à recouvrement éteint. La mise en demeure permet alors de remettre les compteurs à zéro sans avoir à engager immédiatement une procédure judiciaire.
Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?
L'absence de réponse à une mise en demeure dans le délai imparti ouvre la voie aux procédures judiciaires. Selon la nature et le montant de la créance, plusieurs options sont disponibles.
Pour les créances incontestées inférieures à dix mille euros, la procédure d'injonction de payer est la voie la plus rapide et la moins coûteuse. Pour les créances plus importantes ou contestées, une assignation en paiement devant le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire est nécessaire. Dans tous les cas, la mise en demeure envoyée préalablement constituera une pièce maîtresse du dossier judiciaire.
Il arrive également qu'une mise en demeure provoque une réaction du destinataire sous forme de contestation de la créance ou du manquement reproché. Dans ce cas, les échanges qui suivent permettent parfois de trouver un accord amiable ou de clarifier les points en litige avant d'aller plus loin.
Ce que JuridiqueApps prend en charge
JuridiqueApps accompagne les dirigeants dans la rédaction de leurs mises en demeure ainsi que dans les formalités juridiques qui peuvent en découler : cession de parts sociales, modifications statutaires ou dépôt de dossiers au greffe lorsque la situation de la société nécessite des ajustements formels.
Lancez votre projet entrepreneurial
Créez votre société avec un juriste dédié. Formalités 100% en ligne, traitement sous 5 à 7 jours ouvrés.